Réhabilitation d'une sécherie à chicorée, un projet unique en France !

Depuis le mois de mars 2014, que d'effervescence autour de l'ancien séchoir à chicorée de M. René DELPLACE, rue du Coupevent à Vieille-Eglise. Les échafaudages se dressent, les entreprises s'activent et de l'autoroute on voit bien qu'il se passe quelque chose là-bas dans la plaine maritime.
La sécherie DELPLACE, symbole de tout un passé agricole et social, celui de la culture de la chicorée dans la région Audruicq Oye-Plage, est en cours de réhabilitation. On en comptait plus de 60 dans notre campagne au début du XXème siècle, plus ou moins grandes, en briques jaunes ou rouges. Ces cathédrales de la plaine étaient des unités de déshydratation de racines de chicorée à café. Elles appartenaient aux agriculteurs locaux qui faisaient venir des saisonniers belges pendant plusieurs mois pour faire tourner les sécheries. Aujourd'hui, beaucoup ont été démolies, rénovées en habitation ou laissées à l'abandon.

Un projet de valorisation qui remonte à 2001

A l'époque, la toute jeune association "Des Racines et des Hommes" fait de la chicorée la clé de voûte de son action et lance un rendez-vous annuel incontournable la fête de la chicorée. Elle rassemble encore, plus de 10 ans après, des habitants de toutes les communes de la CCRA et bien au-delà, et chose remarquable, de toutes les générations.
Ce dynamisme associatif soutenu par la Communauté de Communes de la Région d'Audruicq (CCRA) et son Comité de Promotion (CPETI) s'appuie sur le bénévolat, les passionnés de patrimoine, les anciens agriculteurs et sécheurs qui ont connu l'apogée de la culture de chicorée.
Pour pérenniser et amplifier ce mouvement l'association avait un rêve : restaurer une ancienne sécherie afin d'en faire un lieu vivant et permanent de mémoire, un lieu de rencontres et d'échanges entre les générations. La CCRA l'avait également envisagé et finalement c'est la commune de Vieille-Eglise qui franchit le pas en faisant l'acquisition de la sécherie de M. René DELPLACE en 2012.

Un programme collectif ambitieux

"Si les sécheries disparaissent du paysage, quelle trace visible va-t-il rester de cette activité autour de laquelle s'est construite la vie de nos villages et des habitants d'ici ?" explique Dominique POURRE, maire de Vieille-Eglise qui a vécu toute son enfance en face de la sécherie. "Je me souviens du maître-sécheur. Il s'appellait Jules, il m'impressionnait beaucoup. L'arrivée des belges, c'était un événement et ensuite il y avait une animation pas possible". Il était important de conserver debout et de faire découvrir au plus grand nombre le symbole patrimonial du territoire. Depuis tout s'accélère, les partenaires institutionnels répondent présents : la Région et l'Etat, dans le cadre du Pôle d'Excellence Rurale, le Département, la CCRA et la fondation du patrimoine. Le projet est confié à l'architecte du patrimoine Jean-Bernard STOPIN qui se passionne pour cette sécherie et souhaite la réhabiliter à l'identique et retrouver sa physionomie de 1921-1954. Le modèle de construction des sécheries vient des belges, ils sont venus avec leur savoir-faire.

3 tranches de travaux

D'importants travaux au niveau de la maçonnerie, de la charpente et de la couverture ont déjà été réalisés, ils font partie de la première tranche de travaux qui concerne le séchoir. Déjà, vous avez pu remarquer que notre sécherie a retrouvé ses 4 cheminées d'origine. Le projet est important, pour le poursuivre la commune va avoir besoin de mobiliser d'autres sources de financement.

Lancement d'une souscription par la Fondation du Patrimoine

Le projet de réhabilitation de la sécherie comporte 3 tranches. Pour poursuivre la réhabilitation complète de la sécherie, la commune de Vieille-Eglise lance au côté de la Fondation du Patrimoine une souscription pour permettre de mobiliser le mécénat privé en faveur de la sauvegarde de notre patrimoine industriel.
Cette souscription est ouverte à tous, vous êtes amoureux de patrimoine, attaché à l'histoire de votre territoire, soucieux de contribuer au partage de savoir et de connaissances entre les générations, amoureux de la chicorée, participez donc à la réhabilitation de la sécherie de Vieille-Eglise pour vous, vos enfants et petits-enfants !
Tous les dons seront déductibles des impôts !
> Renseignements sur le site de la Fondation du Patrimoine

De la racine de la chicorée à la cossette

cossetteLa première étape du processus de transformation était le lavage des racines pour les débarrasser de la terre. Les racines étaient ensuite acheminées vers un coupe-racine pour être débitées en morceaux d'environ 8 cm de long sur 3 de large, « les cossettes ». S'engageait alors la phase de déshydratation. A dos d'hommes dans des paniers d'osier puis plus tard par un système de chaîne à godets, les cossettes vertes étaient déposées sur une épaisseur de 50 cm à l'étage supérieur de la tourelle.

Passé 24 heures, elles étaient descendues à la pelle (environ un mètre de large !) sur les deux autres platines (ou planchers constitués de grilles permettant de laisser passer la chaleur) pour une même durée dans une température de 60 à 120 degrés. La chaleur était produite par des feux situés sous ces platines alimentés par du coke puis par du fuel ou au gaz. Les cossettes qui ont perdu 75  de leur poids par évaporation sont stockées dans le « magasin à cossettes » avant d'être transportées vers des fabriques pour y être torréfiées. La torréfaction permet la caramélisation des sucres contenus dans les cossettes.

 Fête de la chicorée, confrérie et géant

confrerie-chicoreeDe cette époque il subsiste sur le territoire de la région d’Audruicq une unité industrielle  de déshydratation à Vieille-Église et un torréfacteur indépendant à Oye-Plage.

En hommage à cette page d'histoire, une confrérie de la Cossette de Chicorée a été créée en 2002. et chaque deuxième week-end d'octobre est organisée la fête de la chicorée. Cette épice du nord se retrouve désormais dans les menus des restaurateurs ou chez les boulangers pâtissiers et bouchers charcutiers qui allient créativité et tradition.

Les Sécheries: Cathédrales des plaines

secherie    Sans doute vous êtes-vous interrogés sur le caractère insolite de ces grands bâtiments de briques, en forme de parallélépipèdes de 8 à 10 mètres de haut, au toit plat (ou à deux pentes) hérissé de cheminées carrées rencontres ici et là sur le bord des routes. Il s'agit de séchoirs de chicorée.

   Elles se sont installées un peu partout donnant au site son originalité. Si un certain nombre de ces sécheries ont disparu, on compte encore aujourd'hui sur le territoire une trentaine de bâtiments, témoins de cette importante et originale activité locale.

Les ouvriers belges

belges1    Le fonctionnement des anciennes sécheries était assuré par la main d’œuvre originaire de Belgique (région de Lichtervelde en particulier) qui bénéficiait alors d’une réputation de grande résistance à ce travail dans des conditions extrêmement difficiles . Pendant environ trois mois, ceux-ci travaillaient en effet 18 h par jour dans cette forte chaleur, jambes nues, seulement vêtus d'une jupe de lin et chaussés d'une paire de sabots. Ils vivaient au sein même de la sécherie dans ce que l'on appelle « la chambre des belges ».

le pays de la chicorée

chicoree-brunetLes sols fraichement sableux et légers, dits terres grises, de la plaine des wateringues conviennent parfaitement à la culture de la chicorée. Cette activité agricole a profondément marqué et rythmé la campagne de la plaine maritime au début du 20éme siècle.

Il y a 50 ans, vous auriez pu rencontrer des villageois, toutes générations confondues, et des bandes de saisonniers parmi lesquelles nombre de femmes, agenouillés du matin au soir, qui entretenaient les champs de chicorée. Au printemps on effectuait un binage à la main avec une rasette pour retirer les mauvaises herbes. Cette opération était renouvelée si nécessaire. On procédait ensuite au démariage ou éclaircissement des plants. D'octobre à décembre, la récolte des racines de chicorée animait la plaine. A l'aide d'une « fourkète » de 50 cm environ, constituée de deux dents, les racines étaient arrachées de terre puis alignées sur le sol, avant d'être effeuillées à l'aide d'un couteau spécial. Elles étaient ensuite mises en tas qui étaient chargés dans un tombereau attelé sur le dos d'un cheval pour être emmenées jusqu'à la sécherie.

Aujourd'hui, si le travail facilité par la mécanisation a remplacé ces bandes et ces chariots, la récolte des racines de chicorée reste un temps fort du calendrier des agriculteurs de la région. Le secteur concentre encore 95%  de la production française de chicorée.

La chicorée au fil du temps

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Un papyrus égyptien daté de 4000 ans avant J.-C. nous  apprend que la chicorée sauvage était déjà connue... Tantôt      utilisée en salade, tantôt en décoction médicamenteuse. Les vertus digestives de la chicorée sont en effet attestées par

Théophaste ou Pline. Ses graines ont fait l'objet d'une patiente sélection par les moines hollandais à partir du ix" siècle. Il aura fallu le blocus continental décidé par Napoléon pour que se développe la consommation et donc la production en France de chicorée en remplacement du café dont l'approvisionnement était coupé (tout comme la canne à sucre par ailleurs). Depuis quelques années la chicorée sort de son carcan historique en explorant de nouveaux marchés et en diversifiant ses produits... petits-déjeuners, desserts...

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